mercredi 13 octobre 2010

Les éponges de nos salles de bains

C’est un objet devenu rare mais que l’on trouvait facilement au côté d’une pierre ponce de Sicile sur le bord d’une baignoire à pied, d’une couleur plutôt brune orangée, avec une structure en alvéoles, et imbibée d’une odeur caractéristique de savon de Marseille, c’est l’éponge de toilette [Spongia officinalis, photo ci-contre]… Aujourd’hui notre image de l’éponge a bien changée, bien sûr il y a Bob d’un côté, et Scotch Brite de l’autre, munie de son grattoir à faire rougir un hérisson.


Le plaisir des systématiciens
Bob l’éponge cité en introduction, aura tout de même un mérite remarquable, malgré sa forme rectangulaire et sa maison ananas, celui d’inscrire dans l’inconscient collectif que les éponges sont des animaux et  non des végétaux. Cette question a en effet longtemps été un sujet de discorde au XIXème siècle. En effet, la vie fixée, l’absence de système nerveux bien définit ou de motilité  (capacité au mouvement) importante portent à croire que les éponges sont des végétaux. Cependant le mode de nutrition hétérotrophe, et les étapes du développement avec la présence de deux feuillets embryonnaires, indiquent  qu’il s’agit bien d’animaux à la vie fixée.

[Ci-contre: Bob l’éponge, héros de la série animée éponyme] 


Encore aujourd’hui les éponges sont un casse tête pour les systématiciens, avec des animaux aussi simples le nombre de caractères permettant d’établir une classification à l’intérieur du groupe est faible, et ne permet pas de définir des ensembles robustes d’un point de vue phylogénétique.  Heureusement les études moléculaires apportent de nouveaux caractères (notamment l’ARNr 18S) qui devraient permettre dans les années à venir de stabiliser la classification des éponges.  Actuellement les éponges sont classées en trois groupes : Les demosponges qui présentent des formes complexes (types leucon), les éponges hexactinellides, dont le « squelette » est siliceux et enfin les éponges calcaires (squelette calcaire).

[les éponges calcaires (à gauche) et les éponges hexactinellides (à droite), planche de H.Haeckel, 1904]


Spicules et spongine
Qu’entend-on par squelette lorsqu’il s’agit d'une éponge ? Les éponges sont à peu de choses près des outres qui filtrent et retiennent les particules alimentaires présentes dans le courant d’eau créé par des cellules flagellées typiques : les choanocytes. Ces structures de filtration conservent leur forme grâce à des « baguettes » de soutien rigides : les spicules, siliceux ou calcaires sécrétés par les scleroblastes.

[Spicules d’éponges : Leurs formes variées sont un critère de classification traditionnel. ]

 Chez les demosponges  ces spicules sont parfois associés à des protéines telles que la spongine, forme particulière de collagène dispersé ou organisé en large fibres. Parfois les spicules sont même totalement absents et seule la spongine subsiste pour former la structure de l’éponge, c’est le cas notamment des éponges de toilettes : Spongia officinalis.
[Euplectelle : cette éponge hexactinellide présente des spicules siliceux formant des étoiles à six branches (hexa=6). On trouve fréquemment une paire de petits crabes ou crevettes restés coincés à l’intérieur de l’éponge après leur croissance si bien qu’en Asie les Euplectelles ou corbeilles de Vénus constituent un cadeau de mariage apprécié.]


Reproduction et régénération
Les capacités de régénération des spongiaires sont très importantes. Ainsi lorsque l’on sépare des cellules d’éponges, celles-ci peuvent se réunir et se réorganiser spontanément pour reformer l’éponge. De la même façon des fragments d’individus peuvent régénérer une éponge entière c’est le « bouturage » des éponges, méthode utilisée autrefois pour la production en grand nombre  d’éponges de toilette.

Cela peut paraître surprenant chez un organisme aussi simple, mais les éponges sont gonochoriques, c'est-à-dire que les sexes sont séparés (il existe des individus mâles et des individus femelles).Les spermatozoïdes du mâle sont libérés dans l’eau et sont au gré du hasard capturés par les choanocytes d’un individu femelle. Le choanocyte se transforme et migre alors au cœur de l’éponge femelle pour amener le spermatozoïde vers un ovocyte. Ensuite de quoi, après fécondation et incubation dans le corps de la femelle, une larve « amphiblastula » est libérée et ira se fixer sur un support après une période de vie libre où elle se déplace.

 
Des éponges encore utiles…

Malgré l’arrivée de matériaux synthétiques aux propriétés remarquables capables de supplanter largement les éponges naturelles, celles-ci présentent toujours de nombreux intérêts notamment dans le domaine scientifique. Les éponges constituent en effet des réservoirs de biodiversité, ainsi un spécimen de Geodia mesotriaena récolté dans le golfe de Californie comptait plus de 100 espèces différentes d’algues ou d’animaux sans compter les bactéries. Les pharmacologistes s’intéressent également de près aux éponges, en effet faute de système immunitaire, celles-ci produisent des antiviraux tels que la spongopurine, et des antibiotiques tels furospongine, tandis que la spongopridine présente des propriétés antitumorales.
Conclusion : Oui Bob l’éponge est vraiment un héros !
[Symbiose Crabe / Demosponges : Ce crabe a découpé un morceau à sa taille dans une demosponge du genre suberites laquelle profite des débris alimentaires tandis qu’elle camoufle son porteur.] 

Article wikipedia: les spongiaires

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1 commentaires:

Nicobola a dit…

Ho j'ai été devancé, moi qui m'apprêtait à bientôt publier une autre version de mon article sur les éponges! En tout cas on peut remarquer que les éponges ont beau avoir l'air simple ce sont des animaux très diverses et avec une écologie plus complexe qu'on pourrait le croire!

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