dimanche 21 novembre 2010

Chronique de dissection : la grenouille

Ce sont parmi les expériences les plus marquantes de l’enseignement ; souvent critiquées ou évoquées comme un traumatisme, les dissections n’en sont pas moins un remarquable exercice d’observation aux nombreuses vertus pédagogiques. Dans ces articles intitulés « chroniques de dissection » je reviendrai sur quelques TP de biologie animale de l’UPPA. 

La grenouille verte


Gardiennage pré-copulatoire et dimorphisme sexuel.
L’espèce du jour est la grenouille verte, Rana esculenta, c’est la grenouille la plus fréquente en France. On la rencontre souvent à proximité des mares et des berges peu profondes des étangs, qu’elles ne quittent que très rarement contrairement à de nombreux autres amphibiens qui mènent une vie plus terrestre.
Une rapide étude morphologique permet de mettre en évidence un dimorphisme sexuel plus ou moins marqué. Outre la taille (le mâle est souvent plus petit que la femelle), un premier caractère est  la présence de sacs vocaux en arrière de la bouche qui permettent un chant fort et varié apte à faire chavirer la plus belle des grenouilles femelles !
Une fois la belle charmée le mâle va user de son deuxième caractère sexuel secondaire : la callosité rugueuse de l’index (seulement 4 doigts à l’avant, le pouce étant régressé) lui permettant de s’agripper au dos glissant de sa partenaire annuelle. Il va ainsi rester accroché sur le dos de la femelle (amplexus photo de droite) jusqu’à ce que celle-ci ponde un chapelet d’ovocytes dans l’eau généralement emmêlé autour des végétaux  des berges. La fécondation est donc externe, et c’est pour s’assurer d’être le seul à féconder les ovocytes que le mâle s’agrippe à la femelle.  C’est un exemple de gardiennage pré-copulatoire (mate-guarding), une étape clé de la reproduction qui correspond à une forme de une sélection sexuelle. En effet les mâles se retrouvent en compétition pour l’accès aux femelles les plus fécondes et les plus proches de la ponte. Inversement pour les femelles un gardiennage pré-copulatoire long est un gage de qualité du mâle et donc une forme de sélection (en plus du chant).


[Les sacs vocaux (à gauche) et la callosité sur le doigt N°2 (à droite) chez le mâle. La callosité ne s’observe qu’en période de reproduction, la coloration peut-également varier énormément.




Ouverture de la cavité buccale
L’une des difficultés de la dissection consiste en l’ouverture de la cavité buccale dans le but de séparer les voies digestives et aériennes. Pour bien réussir cette étape il convient tout d’abord de bien prendre ses repères, décrivons donc cette cavité buccale. Le plancher buccal se caractérise surtout par une langue bifide très gluante. Au repos cette langue attaché à l’avant de la bouche est repliée en arrière, mais elle se projette volontiers vers l’avant (pro-tractile) pour saisir une belle libellule. Chez le mâle on observe les orifices des sacs vocaux. Tout au fond du plancher buccal en région centrale, la glotte, forme une fente longitudinale, qui s’ouvre sur le larynx, qui donne accès aux poumons (voies aériennes). Le plafond buccal entouré d’une mâchoire dentée comprend des choanes (orifice interne des narines), des dents vormériennes, et enfin les orifices des trompes d’Eustache, qui font communiquer cavité buccale et oreille moyenne. Enfin entre ces deux parties, Le pharynx, se présente sous la forme d’un très large orifice transversal, qui précède l’œsophage (voies digestives).
Une fois se repérage accompli,  il faut commencer par bien dégager les poumons, en les séparant sans trop les abimer des lobes du foie, puis de l’œsophage de façon à pouvoir les maintenir avec les doigts, rabattus sur le plancher buccal.
Il faut ensuite avec les ciseaux forts, couper la mâchoire d’un coté ;  puis de façon très progressive, quelques mm à chaque fois, découper la plancher buccal entre la glotte et le pharynx aux ciseaux fins (ne pas hésiter à descendre, au fond de la bouche, largement en dessous de la glotte). Bien entendu, la glotte et les poumons doivent rester attachés au plancher buccal et à la dissection !  Il convient ensuite de ne pas terminer la découpe pour rabattre le plancher buccal sur le côté.
[Et voilà le résultat: plancher buccal à gauche avec les poumons, 
et plafond buccal  droite avec l'œsophage.]

L’art de l’épinglage
Pour bien présenter une dissection, un point est essentiel : l’épinglage !  Les épingles à tête doivent toujours être disposées de façon très oblique, pour ne pas gêner les mouvements, et l’inclinaison doit toujours se faire vers l’extérieur de la dissection. De cette façon les tissus épinglés sont le mieux maintenu (un peu comme les sardines pour planter une tente). De plus les épingles ont alors une disposition en étoile autour de la dissection qui ne masque pas la vue.
L’épinglage de l’intestin chez la grenouille est un redoutable exercice. Il faut en effet le dérouler et l’épingler au fur et à mesure sans pour autant déchirer le mésentère qui attache le tube digestif à la cavité générale. Quelques conseils pour réussir :
  1. Dérouler avec les doigts et observer une très courte portion de l’intestin (1 cm) sans déchirer le mésentère. On ne s’occupe ensuite que de cette portion, le déroulement est donc progressif !
  2. Former une boucle sur cette portion déroulée en contournant une épingle qui sert de support. Cette épingle ne sera pas planter, elle sert juste à plier l’intestin pour lui faire décrire les boucles que l’ont veut (et qui ne sont pas des boucles naturelles).
  3. Terminer en épinglant la boucle formée un peu en arrière de la première épingle ; Au final les boucles mesurent donc 0,5cm environ et se touchent entre-elles.
Dernière astuce, un petit papier noir disposé ici où là pourra mettre en évidence les structures les plus claires et constitue une bonne aide à l’observation.
Et voici comme d'habitude le poster de la dissection achevée. Prochaine et dernière chronique annoncée: la souris.
Sources :


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1 commentaires:

Flo a dit…

Je donnerai l'adresse de votre blog à mes étudiants! Super review sur la dissection de grenouille!

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